La
production :
la voie évidente pour une carrière hors norme.
Beaucoup
de personnes nimaginent pas la carrière de Clint Eastwood en
tant que producteur, réalisateur.
Pour certains, il a commencé très tard avec des films devenus
cultes comme "Million Dollar Baby", "Mystic River",
"Créance de sang", "Les pleins pouvoirs", etc
,
mais en fait cela dure depuis toujours.
Quand
le jeune Clinton rentre dans la peau de Rowdy Yates en 1959, il se produit
un déclic.
En effet, durant ces 7 années passées dans la série
« Rawhide » (cf : semaine
western), Clint Eastwood aura le temps de passer en revue tous les métiers
du cinéma.
Il sintéressera à la prise de son, au montage, reste
en back stage quand il ne tourne pas et pose de nombreuses questions. Mais
à cette époque, largent lui fait défaut pour franchir
le pas. Néanmoins, le plus gros est fait, et d'ores et déjà,
il sait que cest ce quil fera plus tard.
Lannée
1964 avec « Pour
une poignée de dollars », puis une longue série de
westerns mythiques, marque le début du rêve.
Ses cachets cinématographiques augmentent de plus en plus ainsi que
sa notoriété. On le connaît à Hollywood, on le
respecte, on lécoute, même !
Mais cela n'a pas toujours était facile. Prenons l'exemple suivant
avec "Un
frisson dans la nuit" (1971). C'est durant le tournage de "Quand
les aigles attaquent" (1968) que Clint a découvert le scénario
de ce film. Clint n'était pas content de la politique de distribution
de Universal (mauvaises campagnes de pub, dates de sortie mal étudiées...)
tant pour "Un frisson dans la nuit" que pour "Les proies".
Le scénario de "Harry" étant à la Warner,
Clint en profitera pour changer de studio.
Une
mèche pour allumer le feu de la passion
Un homme va alors apparaître dans la vie de CLint : le grand Don Siegel.
Cest sur le tournage de Coogan's Bluff en 1968 que « lélève
» rencontre son « mentor ».
Il va sen suivre des conseils, une longue collaboration et surtout
beaucoup de mimétisme de la part de Clint qui sent son rêve
de plus en plus palpable.
En 1970, les voilà de nouveau réunis sur le tournage dun
grand western « Sierra
Torride », puis « Les
proies » en 1971. Sur ce dernier tournage, les 2 hommes communiquent
énormément, Clint propose des modifications dans le story board,
simplique de plus en plus.
A 41 ans et après
une série western qui le fera entrer directement dans la légende
aux côtés des plus grands comme Lee Van Cleef, Yul Bruner, John
Wayne, Gary Cooper, Burt Lancaster, Charles Bronson, Ingrid Bergman, Grace
Kelly et bien d'autres, Clint Eastwood en pleine maturité, franchit
le pas avec un film que les amateurs reconnaîtront sans problème
: « Play Misty for me » (un frisson dans la nuit). On y retrouve
tout de Clint. En fait, il essaie de faire un condensé de tout ce
quil aime dans ses films : les polars, les ambiances nocturnes un peu
glauques, un scénario à suspense, le tout accompagné
de Jazz.
En
1971, avec une moyenne de 7 films par décennie, la machine MALPASO
(nom de la boite de production de Clint Eastwood est lancée avec le
vent dans le dos.
Désormais, sa chance lui est donnée. Une chance qu'il saura
saisir tout au long de sa carrière.
| CLINT
EASTWOOD EN TANT QUE REALISATEUR
Au total 29 films, en comptant
"Flags of Our Fathers" et "Letters from Iwo Jima"
Un hasard : non, une fatalité : non, une suite logique : OUI !
UN DEBUT DU SIECLE A TOUTE VITESSE
29 . Letters from Iwo Jima (2007)
28. Flags of Our Fathers (2006)
27. Million Dollar Baby (2004)
26. "The Blues" (2003) (mini) TV Series
(episode "Piano Blues")
25. Mystic River (2003)
24. Blood Work (2002)
23. Space Cowboys (2000)
LES ANNEES 90 OU LA CONSECRATION
22. True Crime (1999)
21. Midnight in the Garden of Good and Evil (1997)
20. Absolute Power (1997)
19. The Bridges of Madison County (1995)
18. A Perfect World (1993)
17. Unforgiven (1992)
16. The Rookie (1990)
15. White Hunter Black Heart (1990)
LES ANNEES 80 OU LA CONFIRMATION
14. Bird (1988)
13. Heartbreak Ridge (1986)
12. "Amazing Stories" (1985)
TV Series (episode "Vanessa in the Garden")
11. Pale Rider (1985)
10. Sudden Impact (1983)
9. Honkytonk Man (1982)
8. Firefox (1982)
7. Bronco Billy (1980)
LES ANNEES 70 OU LE COMMENCEMENT
6. The Gauntlet (1977)
5. The Outlaw Josey Wales (1976)
4. The Eiger Sanction (1975)
3. Breezy (1973)
2. High Plains Drifter (1973)
1. Play Misty for Me (1971) |
CLINT
EASTWOOD EN TANT QUE PRODUCTEUR
Au
total, pas moins de 23 films produits par Clint Eastwood.
Dans certains, il sera producteur et acteur et dans d'autres seulement
producteur.
En 2004, Il annoncera que Million Dollar Baby sera son dernier film en
tant qu'acteur pour ne se consacrer qu'à la réalisation et
à la production. De belles années en perspective!
23. Letters from Iwo jima (2007)
22.
Flags of Our Fathers (2006)
21. Million Dollar Baby (2004)
20. Mystic River (2003)
19. Blood Work (2002)
18. Space Cowboys (2000)
17. True Crime (1999)
16. Monterey Jazz Festival: 40 Legendary Years (1998)
15. Midnight in the Garden of Good and Evil (1997)
15. Absolute Power (1997)
13. The Stars Fell on Henrietta (1995)
12. The Bridges of Madison County (1995)
11. A Perfect World (1993)
10. Unforgiven (1992)
9. White Hunter Black Heart (1990)
8. Thelonious Monk: Straight, No Chaser (1989)
8. Bird (1988)
6. Heartbreak Ridge (1986)
5. Pale Rider (1985)
4. Tightrope (1984)
3. Sudden Impact (1983)
2. Honkytonk Man (1982)
1. Firefox (1982)
|
Clint
le métronome
L'avantage, pour Clint Eastwood de faire ses propres films, est qu'il sait
exactement ce qu'il veut obtenir. Il a déjà tout le film en
tête avant même que le premier mètre de bobine ne commence
à tourner.
C'est avant tout par le respect qu'il se distingue dans un Hollywood où
trônent les excès. Au moment où les films spectaculaires
aux budgets 3 voire 4 fois dépassés sortent sur les écrans
et notamment dans les années 70 avec "Star Wars" et "Les
dents de la mer", la société MALPASO s'engage à
respecter les délais et les budgets. Un plus qui fera de cette société
une société sur laquelle on peut parier.
Réalisateur
: un travail de chef d'orchestre
Comment réussir? L'un des secrets de la pérénité
de la société MALPASO est son équipe. Clint Eastwood
travaille depuis "toujours" avec les mêmes professionnels.
Dès lors, tout le monde se connait, tout le monde connait son travail
pour l'aboutissement du film. On
retrouve dans ses films, des thèmes propres à son adolescence
dans un milieu ouvrier. Tous ses héros ont un passé plus ou
moins lourd à porter et qui influence le présent montré
dans le film. Eastwood y associe souvent une dimension mystique.
En tant que véritable chef d'orchestre, Clint est partout. il travaille
à la fois sur
1) les cadrages insolites.
C'est avant tout le cadre qui est important car c'est la première
chose qui est visible à l'écran. C'est primordial.
Prenons l'exemple de son dernier film "Million Dollar Baby". Quand
il met la main sur ce vieux gymnase dans la banlieue de Los Angeles, tout
d'abord son équipe se pose des questions devant ce tas de briques
en ruines. Puis au fil des plans, on comprend l'importance d'un tel lieu
et le choix judicieux.
Alors que pour ses westerns tout le monde lui conseille l'Afrique de Nord
ou l'italie, Clint explique que le "Go West" (la conquête
de l'Ouest) s'était passée aux Etats Unis. Il va alors parcourir
de nombreux Etats notamment pour "Pale Rider" en 1985 et pour "Impitoyable"
en 1992 pour communiquer son idée des grands espaces au public.
2) les gros plans et la chorégraphie de l'espace à la manière
de Leone
Comme vous avez pu le lire plus haut, Clint Eastwood aura attentu 16 ans
(début en 1955 et premier film en 1971) popur passer de l'autre côté
de la caméra. Seize années durant lesquelles il aura tiré
profit de tous ces films. Tout pour lui était bon à prendre.
On pourra dire que les grands Leone et Siegel lui auront montré le
chemin
Prenons les exemples suivants :
a)
la chorégraphie de l'espace à la manière de Leone :
Dans les westerns spaghettis de Sergio Leone, on retrouve les grands espaces
"américains" qui donnent profondeurs et vous font perdre
toute notion de temps.
Cette manière de filmer sera reprise par Eastwood notamment dans 3
films : "L'homme des hautes plaines" en 1973, "Pale Rider"
en 1985 et "Impitoyable" en 1992.
b)
Les gros plans quant à eux vous font plonger dans la peau du personnage.
Qui n'a pas grincé des dents lors des combats de Maggie (Million Dollar
Baby en 2004)? Qui ne s'est pas senti dans la navette spatiale dans "Space
Cowboys" en 2000? Qui ne s'est jamais vu aux commandes du Mig russe
dans "Firefox" en 1981?
Qui ne s'est jamais imaginé dans la peau de "l'homme sans nom"?
Et des "qui", dans une carrière aussi longue, il y en a
beaucoup. En fait, le but est de vous faire plonger dans le film pour littéralement
captiver votre attention tout le long du film. Comme diraient certains :
"On s'y croirait presque"!
Au moins, Clint Eastwood aura eu la chance de pouvoir matérialiser
et concrétiser ses propres rêves d'enfant.
3) La rapidité, l'énergie et la vivacité qui se dégage
de la réalisation de Siegel.
Tenir le spectateur en haleine. Voici le défi que se lance Clint pour
ses films. Et les exemples ne manquent pas avec des films comme :
ANNEES 2000 : "Million
Dollar Baby" (2004), Mystic River (2003), Blood Work (2002), Space Cowboys
(2000)
ANNEES 90 : "True Crime" (1999), "Absolute Power"
(1997), "A Perfect World" (1993), "Unforgiven" (1992),
"The Rookie" (1990)
ANNEES 80 : "Heartbreak Ridge" (1986), "Sudden
Impact" (1983), "Firefox" (1982)
ANNEES 70 : "The Gauntlet" (1977), "The Outlaw
Josey Wales" (1976), "The Eiger Sanction" (1975)
Avec des scénarios bien verrouillés, nous sommes dans l'interrogation
perpétuelle. A partir des années 1980, est apparue une nouvelle
thématique dans ses films, celle du héros vieillissant, à
l'image de son personnage d'entraîneur de boxe, Frankie Dunn.
4) Les jeux de lumière avec une apogée en 2004 avec
"Million Dollar Baby" : Clint Eastwood a beaucoup joué sur
la lumière avec une atmosphère assez sombre, des clairs-obscurs
où, souvent, seuls les visages sont éclairés, laissant
apercevoir les sentiments de chacun. Lui-même est parfait dans ce rôle
de vieil homme blessé par la vie, une vie à laquelle il reprend
goût en s'attachant progressivement à cette jeune femme qui
porte en elle une foi et une rage d'y arriver hors du commun.
5)
La musique au coeur de ses films
Il passe également beaucoup de temps pour adapter la musique aux scènes
pour provoquer l'émotion chez les spectateurs.
Il adapte lui même les chansons qu'il écrit. Il donne ce que
nous avons envie de recevoir.
Chaque film a son propre thème mais un thème dominant ressort
: le JAZZ.
Ayant d'autres intérêts que le cinéma, il est élu
maire de sa ville, Carmel, en Californie, en 1986 pour deux ans, période
durant laquelle il ne réalisera que deux films dont "Bird"
en 1988. Ce film sur la vie de Charlie Parker qui confirme la passion du
réalisateur pour le jazz, se retrouve en compétition pour la
palme d'or au Festival de Cannes.
Il a eu la chance de s'associer avec les plus grands pour réaliser
ses films.
Clint Eastwood
et Ray Charles dans "Piano Blues" en 2004 |
Clint Eastwood
et Ray Charles dans "Piano Blues" en 2004 |
Une passion
commune : Le Jazz
Clint Eastwood et Ray Charles dans "Piano Blues" en 2004 |
Il lui aura fallu 21 ans pour qu'en 1992, la consécration soit enfin
au rendez vous avec "Impitoyable", un western crépusculaire
qui remporte quatre Oscars dont ceux du Meilleur film et du Meilleur réalisateur.
Ensuite, bien lancé et motivé avec ces 4 récompenses,
il décide de continuer sur sa lancée. A 65 ans, Eastwood joue
son premier rôle romantique dans son film Sur
la route de Madison.
Les
critiques applaudissent et le public suit. Il enchaîne avec Minuit
dans le jardin du bien et du mal (dans lequel il fait jouer sa fille Alison
Eastwood), puis retrouve les casquettes de réalisateur et d'acteur
dans ses films suivants : Juge coupable, Space Cowboys, Créance de
sang, Mystic River et Million Dollar Baby. Il est sans cesse jugé,
on l'attend au tourant tant cette progression semble si linéaire.
On pourrait parler encore pendant des heures de cet acteur hors normes, qui
a découvert le monde du cinéma durant son service militaire.
Mais février 2004 marque la concécration suprême avec
: MILLION DOLLAR BABY
Ce film est une succession de chocs. Un film aux 4 oscars comme "Impitoyable"
en 1992, mais c'est surtout le choc des titans. Un combat redouté
et redoutable. Un film a GROS budget "The Aviator" de Martin Scorsese
face à une "petite" production : "Million Dollar Baby".

Martin & Clint
|
Ces
2 amis se retrouvent face à face pour accèder au "trône".
Pour certains la victoire incontestée de "Million Dollar Baby"
est une machination visant à couronner une dernière fois
peut être un Clint approchant les 75 ans, pour d'autres, c'est l'évidence
même face à un film "presque" parfait. |
 |
C'est
l'histoire de Frankie, l'entraîneur de boxe, et de Maggie, la fille
qui met les autres filles K-O, mais c'est une tierce personne qui la raconte,
Scrap, le complice de toujours, l'employé modèle qui surveille
le ring et dort dans la salle de gym. Cette voix off - en VO le timbre
chaud de Morgan Freeman - installe d'emblée le 27ème film
de Clint Eastwood dans le plus séduisant des classicismes. Voilà
bien l'art du grand cinéma hollywoodien : saisir le spectateur
et le faire basculer dans la fiction, une fiction qu'on sait codifiée
et rassurante, toujours semblable et pourtant chaque fois différente.
Car Million Dollar Baby est bien l'héritier du " film de boxe
", lui-même souvent considéré comme un sous-genre
du film noir, et qui a donné des films aussi marquants que Nous
avons gagné ce soir, de Robert Wise, ou Fat City, de John Huston.
Il en est un continuateur si fidèle que sa datation même
pourrait paraître incertaine, uvre contemporaine mais intemporelle,
condensé d'un pan entier de l'histoire du cinéma.
Ce sont d'abord les qualités de la mise en scène qui retiennent
l'attention, et qui conduisent certains à parler de chef d'uvre.
A partir d'un sujet qui pourrait paraître conventionnel, peu attirant,
ou finalement proche du mélodrame, Clint Eastwood fait preuve d'une
grande virtuosité pour créer une atmosphère, toute
en bleu et gris, pour suivre ses personnages, pour cadrer des gros plans.
Il a lui-même composé la musique, discrète et douce,
qui joue un grand rôle pour donner une dimension de mystère
à l'histoire qui avance.
Dans la tradition des films américains, après John Ford
et John Huston, que Clint Eastwood admire, c'est un film d'action qu'il
nous propose. Son héroïne est une battante, typiquement américaine,
qui veut à tout prix s'en sortir. Mais c'est la profondeur des
relations qui se nouent entre les personnages qui fait sans doute l'autre
grand intérêt du film. Clint Eastwood joue lui-même
un vieil homme, usé par la vie, blessé dans son amour paternel,
qui se trouve engagé peu à peu dans une nouvelle aventure
profondément humaine. Jusqu'où ira-t-il ? Le film nous entraîne
jusqu'aux replis secrets du coeur humain. |
SIMPLE
MAIS EFFICACE : Clint Eastwood filme dans la sobriété
. Les décors se limitent à la salle de sport et aux rings
où se parlent et se dévoilent les personnages
Une différence,
de taille, avec les films qui précèdent : le héros
est une héroïne. Et il est assez stupéfiant de voir à
quel point ce simple changement de sexe renouvelle le genre, bouscule les
relations entre des personnages archétypes, insuffle de la vie dans
une mécanique narrative hyper rodée. Donc, Frankie - c'est
Clint lui-même - refuse puis accepte, sur les conseils de Scrap, l'ancien
boxeur dont il a construit, puis involontairement détruit, la carrière,
de " coacher " Maggie, une jeune femme qui n'a que son punch pour
atout. S'ébauche une relation d'une grande richesse, rapport père-fille
qui n'exclut jamais la séduction,
mais surtout modelage d'un individu vierge, la page blanche du vrai american
hero, par un être-somme, lui-même façonné par
les années. Entre en jeu le magnétisme de Clint Eastwood acteur.
On l'a connu, dans ses derniers polars (excepté Mystic River, où
il ne jouait pas) légèrement vieux beau - et jouant avec malice
de son âge avancé : ici, on le retrouve, cheveu blanc et ras,
visage parcheminé, en magnifique vieillard. Il rayonne, c'est l'expérience
faite homme - y compris, bien sûr, l'expérience des accidents
et des échecs...
Face
à lui, Hilary Swank, justement récompensée d'un deuxième
oscar (après le poignant Boys don't cry), est irrésistible.
De force et de beauté, bien sûr, tant elle est athlétique
et féminine à la fois. Mais, surtout, d'incarnation sincère,
c'est-à-dire d'un art si naturel qu'il semble frôler le non-jeu.
C'est une composition, bien sûr - même si la musculation a été
acquise au terme d'un entraînement costaud. Mais parce que la carrière
d'Hilary Swank, malgré sa double couronne, est encore courte, le visage
de la comédienne ne nous est pas familier, et jamais la personnalité
de l'actrice ne fait obstacle à son personnage. On croit à
l'énergie fruste de cette bosseuse qui ne se plaint jamais comme à
son impétuosité souriante : on l'aime voir courber l'échine
devant son mentor, puis montrer la franchise triomphante de son caractère
en refusant les propositions d'un autre manager. Le geste est symbolique
quand Frankie, au coin du ring, soigne les blessures de Maggie, épanche
le sang de l'arcade ou du nez brisé : c'est un père aimant
prenant soin de sa fille, c'est aussi un amant maquillant (de peintures de
guerre) sa bien-aimée.
Rien
n'est souligné, pourtant. Libre à chacun d'être touché
par les émotions en jeu. L'ascension de Maggie constitue le corps
(à tous les sens du terme) du film, et il permet à Eastwood
d'illustrer des thèmes chers à l'Amérique et à
lui-même : le goût de l'épreuve, la valeur du travail
individuel et le mérite qui l'accompagne, la transmission du savoir
(surtout d'un savoir pratique). Et puis cette croyance forte et simple que
les êtres ont sinon un destin, du moins une voie qui exprimera au mieux
leurs aptitudes. Cette certitude n'est pas forcément joyeuse. Le plaisir
du récit atteint son sommet dans l'enfilade de victoires, qui voit
Maggie devenir une boxeuse de plus en plus accomplie. Et pourtant, tout,
des décors (salle de boxe stylisée, coffee-shop quasi hoppérien)
à la lumière (magnifique et nettement plus sombre que dans
le tout-venant " made in Hollywood "), fait de ces personnages
des ombres soumises à un fatum, comme égarées dans un
éternel purgatoire.
La
dernière demi-heure du film. Il est difficile d'en dire trop, même
si celle-ci a été largement commentée, et a même
suscité un mini-débat de société aux Etats-Unis.
Mais ce qui se passe après le dernier combat de Maggie paraît
plaqué et en tout cas trop appuyé. C'est comme si Eastwood
ne croyait pas à la puissance du cinéma de genre, son aisance
à commenter la vie à l'intérieur même de ses codes.
A l'éloge des valeurs qui fondaient le film et le parcours de Maggie
(ces valeurs fascinantes et ambiguës, l'individualisme en tête,
qui sont celles d'Eastwood, Américain républicain) se substitue
un discours presque réactionnaire sur une société sans
morale - la famille de Maggie est convoquée comme preuve et le récit
y perd de sa justesse. Sans cette partie finale, Million Dollar Baby serait
plus haut dans notre panthéon personnel, marquant pour de bon l'aboutissement
du parcours unique de Clint Eastwood.
Une pluie d'Oscars a récompensé ce film qui met en lumière
la ténacité dans l'épreuve, le courage pour réaliser
ses possibilités mais aussi l'affection et la tendresse.
Pour conclure, 1001 éloges seraient envisageables tant cette carrière
est incroyable.
Certains pensent qu'avec ce dernier film, Clint Eastwood marque le 21è
siècle et place la barre de l'exigence au sommet.
Difficile de faire mieux? On se sait pas encore, mais il est vrai que son
prochain film "Flags of Our Fathers" (2006) et attendu avec impatience
que ce soit par les fans, mais aussi par une critique qui voudrait stopper
cette splendide escalade.
CLINT
EASTWOOD : RECOMPENSES OBTENUES
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Sources
Aurélien Ferenczi, Jacques Lefur, Christiane Chemla
Allociné
IMDB.com
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