"Les proies"
Film de Don Siegel
une production MALPASO
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Synopsis de allocine.fr : John
McBurney (Clint Eastwood) est grièvement blessé à
la jambe pendant les derniers jours de la guerre de Sécession.
Amy, une sudiste de dix ans, le découvre gisant dans la forêt
et parvient à le traîner jusqu'au pensionnat où elle
est élevée. Toutes les élèves sont partagées
entre leur peur du yankee et leur désir d'homme depuis le début
de la guerre. Comprenant la situation, John s'exerce à séduire
tantôt l'une, tantôt l'autre, mais, contraint par la menace,
il cède à la plus entreprenante et se fait surprendre... |
Côté PRODUCTION
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En 1971, Don Siegel et Clint Eastwood entament leur troisième
film ensemble.
Après "Un shérif à New York" (1968) et
"Sierra Torride" (1970), "Les proies" change radicalement
de registre. Après les légendaires tenues de cowboy de Clint
dans les westerns, les deux amis se rejoignent pour une vision commune
du cinéma : "Le cinéma noir".
Effectivement, "Les Proies" est un film remarquable
mais sûrement pas pour les raisons qui ont poussé
les producteurs (pour mémoire Universal studios) à
investir sur ces deux noms, mais pour ce genre nouveau que l'on
rencontre dans le cinéma chez Hitchcock ou dans la littérature
chez Edgar Allan Poe.
Don Siegel l'explique lui même : "Nous commençons en
noir et blanc, nous terminons en noir et blanc. Nous commençons
et terminons avec Clint et les champignons. Nous commençons avec
Clint, presque mort et, à la fin, il est mort".
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Cette ambiance noire que Clint aime tant,
on la retouvera la même année dans "Play Misty for
me" où Don et Clint collaborent étroitement pour
la première réalisation sans filet de Clint, mais aussi,
tout récemment, en 2004 avec "Million Dollar Baby".
Dans ce dernier, le côté noir est rendu possible par un
subtil jeu de lumière accompagné soit par un piano, soit
par une gitare sèche. La séduction passe par le
jeu d'acteurs, un jeu d'ombres et lumières. L'affiche du film
parle d'elle même.
>>
voir l'article sur M$B << |
Don Siegel
en plein tournage. Notez que la marque de caméra utilisée,
"PANAVISION", restera la marque utilisée par Clint sur
tous ses tournages.
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Côté SEDUCTION
| Si les Proies se déroule bien en pleine guerre
de sécession, Don Siegel met rapidement de côté
les bottes et les chevaux pour livrer un huis-clos d'une rare intensité
dans lequel Clint Eastwood dynamite progressivement son image de
séducteur cynique pour se retrouver à la merci de
d'un groupe de femmes. |
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John Mc Burney, alias McB, est caporal dans
l'armée nordiste.
Sniper, son rôle est d'abattre de sang-froid les soldats sudistes.
Lors d'une offensive, il est grièvement brûlé. En plein
territoire ennemi, se vidant de son sang, il est trouvé par une
très jeune fille qui l'emmène se faire soigner dans le pensionnat
dans lequel elle vit.
Ce pensionnat de guerre est une maison pour jeunes filles comme il faut,
tenu d'une main de fer par Martha (Géraldine Page) aidée
de Edwina (Elizabeth Hartman), la plus âgée des pensionnaires.
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L'arrivée d'un loup blessé
dans la bergerie de jeunes femmes "privées"
d'hommes depuis de longs mois cristallise les tensions latentes
et agit comme révélateur des lourds secrets qui pèsent
sur l'établissement.
Outre le rôle à contre-emploi que Clint Eastwood s'est attribué
afin de sortir de son registre habituel et démontrer la variété
de son jeu, les Proies est un modèle de construction avec une montée
progressive de la tension par palier, chaque palier permettant de repousser
d'un cran l'horreur de la situation.
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Le film peut être découpé en deux parties :
- dans la première, le rapport de force est en faveur de Clint
Eastwood qui depuis son lit de blessé tire les ficelles.
- La seconde partie, avec la chute de Clint, marque un glissement progressif
dans la folie. Le rapport des forces en présence s'inverse, les
femmes blessées, "les proies", se révèlent
de bien plus dangereux prédateurs que Mc B ne l'aurait cru. |
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A ce scénario minutieusement mis en place,
s'ajoute une description subtile et pernicieuse de la psychologie des
personnages. La galerie de personnages est suffisamment variée
pour offrir un panorama suffisamment exhaustif de la psychologie féminine
et de la logique de séduction.
Décritent comme prêtes à tout pour parvenir à
leurs fins, l'image des femmes dans ce film est particulièrement
déplorable : elles sont toutes pourries, même les plus innocentes.
Pour autant, Don Siegel renvoie hommes et femmes sur un pied d'égalité,
Mc B en séducteur lâche ne vaut pas mieux que les femmes.
C'est à la nature même de l'être humain que Siegel
s'en prend comme dans une scène mémorable où Mc se
bat contre des réservistes sudistes qui ne forment en réalité
qu'une bande d'éclopés.

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| Thématiquement les Proies peut faire l'objet d'une
double lecture. Une première lecture sur le mode psychanalytique,
le film est en effet parsemé de références au refoulement,
à la castration (cf les deux scènes de cauchemars de McB
et de Martha), à l'inceste. En effet, apprenant qu'Amy n'a que 12
ans, John Mc Burney dira : "Assez agée pour être embrassée".
John Mc Burney fait preuve de beaucoup de maladresse. Il essaie de contrôler
une situation qui dès le début lui échappe et comme
chaque homme devant sa libido fera tout le contraire de ce qu'il faut. |
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Don Siegel affirme d'ailleurs : "Les femmes sont capables de fourberie,
de vol, de meurtre, de tout. Derrière le masque de l'innocence se cache
en réalité le même goût pour le mal que celui que
l'on trouve chez les membres de la Mafia. Chaque jeune femme qui semble sans
défense est capable de tuer." Et de poursuivre : "L'homme,
pour survivre, a recours à certaines armes naturelles comme la séduction
ou le mensonge. Il essaie de contrôler la situation, il croit qu'il
y arrive, mais, comme tout séducteur, il se trompe lui même :
d'une part, parce qu'il se prend à la griserie de son propre jeu; d'autre
part, et surtout, parce qu'il tombe sur un adversaire bien plus fort que lui,
la femme, qui possède l'art inné de se dissimuler derrière
une façade, des apparences."
Entretien de Donald Siegel avec Guy Braucourt en 1971,
"Les nouvelles littéraires".
De ce fait et tout naturellement, Clint Eastwood tel Lucifer, l'ange
déchu va tomber du paradis pour aller en enfer ( la scène de
la chute est à ce sujet explicitement claire et les évènements
qui suivront confirmeront bien que Mc B est bel et bien en enfer).
Mc B peut être vu dès le début du film comme un mort
en sursis, et dans cette perspective, la scène finale vient logiquement
parachever le film avec la mort du héros.
A ce propos il faut relever que les deux scénaristes crédités
au générique (John B. Sherry et Grimes Grice) sont en réalité
des pseudonymes de Albeil Mahz et Irene Kamp qui refusèrent de signer
de leurs noms en raison de leur désaccord avec la fin du film.
Enfin, la photographie de Bruce Surtees rappelle l'ambiance gothique des
films de la Hammer, avec une photographie extérieure évanescente
contrastant avec celle intérieure plus agressive.
Une seconde lecture se veut plus religieuse. En effet, il est intéressant
de constater que l'arrivée dans un pensionnat de jeunes filles est
vue comme une arrivée au paradis. Pour un soldat en période
de guerre, une maison pleine de femmes sans défense et nourrissant
des pensées impures peut assurément être comparée
au paradis, impression confirmée par la scène où les
soldats sudistes tentent en vain d'être hébergés au sein
du pensionnat en échange d'une hypothétique protection.
Côté TITRE DU FILM
Un titre évoquant mais tout aussi ambigü. En fait, les 2
titres (anglais et français) sont diamétralement opposés.
Le titre anglais, "The Beguiled" que l'on pourrait traduire par
"le séduit" se retrouve en contradiction avec son titre
français "Les proies". D'un côté Clint Eastwood
est prédateur "Les proies", de l'autre, il est la proie
des ses hôtes "Le séduit".
Cette ambiguité dans le titre, voulue ou non révèle
le côté en 2 parties du film où, dans un premier temps,
de son lit, il dirige son "harem" puis ensuite, victime de son
succès, de la jalousie suscitée, va devenir la proie mortelle
de ces dames.
Côté BACK STAGE
* Le rôle de Martha (Géraldine Page) était initialement,
à la demande de Don Siegel, prévu pour Jeanne Moreau mais refus
d'Universal.
* Le scénario fut lui aussi source de conflits, car Albert Maltz et
Irene Kamp qui y travaillant successivement, choisirent d'adoucir le sujet,
permettant à McBrurney (sujet joué par Clint) d'être
toujours vivant à la fin du film et de partir tranquilement avec Edwina.
Une fin jugée trop à "l'eau de rose" pour Clint Eastwood
et Don Siegel, qui insistèrent pour avoir une fin plus tragique (toujours
dans l'optique du cinéma noir - cf : plus haut), et demandèrent
donc à Claude Traverse (producteur associé) de réécrire
le scénario dans ce sens là. Un nouveau problème se
posa : refus de la part de Albert Maltz et Irene Kamp de reconnaître
le scénario et d'y être associés et optèrent pour
des pseudos dans le générique.
* La mort de Clint dans le film : Jennings Lang, le producteur du film
devait reconnaitre par la suite que la mort de Clint Eastwood dans ce
film lui avait coûté 100.000$ de recettes, le public refusant
sa mort.
* Un public mal ciblé : Au lieu de jouer sur l'aspect curieux
et inhabituel du film, l'Universal eut le tort de le présenter
comme un film d'action (ce qui est LOIN d'être le cas), de quoi
surprendre bien évidemment, et mécontenter un public qui
n'avait pas oublié les westerns de Sergio Leone.
* Le film fut jugé sexiste à sa sortie par les organisations
féminines bien que la fin du film ne soit pas franchement à
l'avantage de Clint.
CONCLUSION
Comme souvent pour les grands films, ce film fut un échec lors
de sa sortie. Vendu comme un western d'action, le film, qui n'a pourtant
pas coûté cher à réaliser y compris au regard
des budgets de l'époque, a réalisé un score médiocre
au box office, se privant à la fois des spectateurs potentiellement
intéressés par un thriller psychologique et ceux fans
de Clint Eastwood désarçonnés par la mort du personnage
de McB. Heureusement, les grands films, eux, sont immortels
L'insuccès du film aux Etats-Unis incita Clint Eastwood à
passer de chez Universal à la Warner Bros., cherchant de plus
en plus à avoir les mains libres et à ne pas subir le
diktats des patrons de studio, car bien que ce fut une production MALPASO,
Clint trouvera qu'il était trop dirigé par les autres.
Il laissa une dernière chance à Universal pour le tournage
de "Play Misty for me" (1971), mais une nouvelle fois déçu
opta pour la Warner Bros. pour le trournage de "L'inspecteur Harry"
(1971).
Malgré tous ces boulversements pour une première réelle
collaboration (Malpaso production), Clint Eastwood ne se laissa pas
abattre et enchaina bien au contraire les films. Ce fut avant tout une
leçon et non un échec. Aujourd'hui, avec une vision différente,
plus philosophique de ce film, on s'aperçoit des différents
messages envoyés au public.
NOTES
* Tournage en extérieurs à La Belle Helene Plantation, à
Tiver Road, près de Baton Rouge en Louisiane
* Programme musical : "The dove" d'Ewan McColl, "All
my troubles" de May Mercer, "Joys of living" d'Irwin
Coster,
"When Johnny comes marching home" de L. Lambert
* Premiers titres du film : "Johnny McB", "Nest of Sparrows"
(nid de moineaux).
Remerciements
à : G.P.L de purjus.net et à Patrick Brion
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