"Mystic" EASTWOOD
par J.P. Godard
| L’Ange Exterminateur Il est un sujet peu souvent abordé concernant Clint Eastwood, c’est celui de la vie, de la mort et sa vision du spirituel. Nous savons qu’il fut élevé dans une famille protestante et qu’il eut une formation religieuse, comme tout bon petit américain moyen de son époque : "In god we trust" comme il est écrit sur le billet vert, mélange de matérialisme au plus bas et d’une croyance incorporée sans choix dans la vie quotidienne. Prenons le titre du film "Pale rider" (qui ne fut pas traduit en français...). En effet, pale a deux orthographes en français et en anglais : pale et pâle. Mais les deux sont intéressants. Le "pale rider" évoque irrésistiblement l’un des Cavaliers de l’Apocalypse de Jean de Patmos (écrit 100 ans après J.C).
Apocalypse VI ; 7-8
Ce thème est récurrent dans tous les films d’Eastwood. C’est un ange exterminateur. Celui de la fin des Temps, mais aussi le libérateur. Tout le cinéma d’Eastwood repose sur ce concept qui a traversé la nuit des temps dans toutes les civilisations. L’inspecteur Harry en est le meilleur exemple, mal compris à la sortie du film (facho, macho, etc…).
Eastwood présente des personnages violents, mais derrière se cache un signal d’alarme face au pouvoir et à la bêtise aveugle et terroriste. Le Christ n ‘aurait-il pas dit "Je suis venu porter l’épée" et n’aurait-il pas chassé les marchands du Temple sans prendre de gants (gant : Guauntlet, "L’Epreuve de force")?
Mais il faut nous arrêter aux derniers films dans lesquels Eastwood (comme Spielberg ) lève de plus en plus le voile l’âge venant. "Mystic River", certes c’est le nom de la rivière qui se jette dans la mer à Boston. Mais le nom de la rivière donné par les pèlerins venus d’Angleterre "conquérir" la future Amérique, n’a-t-il pas au vu de l’histoire sordide du film une valeur symbolique à notre époque ? Fin du fin : "Million Dollar Baby", chef d’œuvre : Eastwood y retrouve ses racines irlandaises, et sa fille ne veut plus le revoir. Dureté de la filiation ( "A la mémoire de nos pères"). Mais le plus étonnant du film sont les rapports de Frankie Dunn, son personnage d’entraîneur sur le retour, avec le curé catholique irlandais. Scènes à la fois métaphysiques et hilarantes, comme "Hilary "Swank dont le prénom vient de Saint- Hilaire ! Francky Dunn (Eastwood) prend un malin plaisir à taquiner le religieux, désemparé par son brillant interlocuteur amateur de poésie, qui va cependant à l’église… ? Est-il croyant ou non ? Se pose-t-il des questions sur la vie, la mort, l’après-vie ? Eastwood alors se révèle. Jusqu’au terrible final sur un sujet majeur : l’euthanasie. En mettant fin volontairement (et à sa demande ) à la vie de sa boxeuse, il fait partir une vie mais aussi la seconde fille qu’il s’était trouvée et menée malgré lui à la survie douloureuse et sans fin. " D’entre les morts" était le titre du roman de Boileau et Narcéjac ("Les diaboliques" de Clouzot) qui devint devant le caméra d’ Hitchcock "Sueurs Froides" ( "Vertigo", titre original qui est plus adapté au sujet -1958). Clint serait-il le cinéaste "d’entre les morts" qui nous donne le vertige métaphysique sous couvert de l’action hollywoodienne qu’il maîtrise totalement ? |