MEME MASSACRE POUR DEUX CULTURES DIFFERENTES
par Mister Bonzo - Février 2007
Les deux films d'Eastwood sur la bataille absurde d'Iwo Jima , en plus de l'horreur ont la force de montrer deux cultures profondément différentes. Memoires de nos pères (je préfère le titre en anglais Flags of our fathers ) a dérouté nombre de spectateurs français qui y ont vu un film de guerre « typiquement américain ». C'est le chauvinisme français. Mais en fait on est loin du patriotique film Sands of Iwo Jima avec John Wayne. Clint montre bien deux choses importantes : le carnage d'adolescents et surtout la manipulation politique et économique de la pose des drapeaux. L'utilisation de ces vaillants soldats pour obliger le peuple américain au nationalisme ultra nationaliste à mettre la main au porte-monnaie. Mais allez aujourd'hui dans l'Amérique profonde, il n'y a pas de maison sans drapeau, même si la guerre en Irak peut « justifier » une telle démonstration. Il en a toujours été ainsi. Mémoires de nos pères appuie là où ça fait mal : un patriotisme exacerbé et aveugle. Même lors de manifestations sportives, même de seconde zone, on joue l'hymne national et tout le public se lève, la main sur le cœur . La victoire en chantant, God bless América. Eastwood ne parle pas dans son film d'héroïsme, les jeunes soldats pensent avant tout à lutter pour leur peau, faire équipe avec les copains, essayer de se sortir de ce bourbier sablonneux . Il ne pensent pas à la Nation, dans leurs actions, contrairement à ce que pensent les politiques et dirigeants et encore ? C'est le côté « anar » d'Eastwood qui dépasse le simpliste film de guerre . Opus deux : Lettres d'Iwo Jima , le point de vue japonais. Le lieu, la guerre, sont identiques, le massacre aussi . Mais Eastwood fait inspiré fortement par la culture du pays, proche des grands maîtres du cinéma nippon : Kon Ichikawa et Akira Kurosawa dont Spielberg produisit de magnifique film Rêves . Nous sommes dans une société archi hiérarchisée et très codée. La notion de classe et de rituel est majeure. Ceci ressort totalement dans le film d'Eastwood. Cet opus 2 se rapproche du film Le dernier Samourai avec Tom Cruise et déjà l'excellent Ken Watanabé, le général d'Iwo Jima. Les samouraïs avaient un code d'honneur : « La voie du guerrier », le Bushido en japonais. Ce dernier implique discipline, respect de l‘autorité, obéissance totale, un dévouement sans faille à l'Empereur jusqu'au sacrifice ultime, soit au combat, soit par suicide (sepukku), le fameux hara-kiri. D'ailleurs dans Iwo Jima, quand tout est perdu, le général demande au jeune boulanger de le décapiter avec son propre sabre de haut gradé. Ce que le jeune n'ose faire car il s'en sent incapable. Les deux hommes ne sont pas de la même classe, ni de la même génération. Le général se suicide donc avec son colt 45 automatique à crosse de nacre, arme réglementaire de l'US Army (sans la nacre…) à cette époque. Cet objet lui fut offert avant la guerre lors d'un étonnant flash-back en couleur qui ne manque pas d'ironie. C'est la présence américaine du côté nippon* Lettres d'Iwo Jima est un film « japonais » (joué en japonais, avec des acteurs japonais et co-écrit par une américano-japonaise avec Paul Haggis ), alors que Mémoires de nos père est un film américain, bien qu'original. Ceci dépasse les deux points de vues d'un même combat que voulait montrer Eastwood, ce qu'il réussi parfaitement, mais bien le choc sanglant de deux cultures et civilisations opposées. * Ce qui n'est pas sans évoquer la fin de Minority Report de Spielberg, le producteur de Clint…Dans le film de Steven, Burgess se voit offrir en honneur à sa manipulation odieuse un revolver de la Guerre Civile américaine ! Il se suicide peu après avec cette arme car il est démasqué. Mais lui, contrairement au général japonais, n'est pas un homme d'honneur.
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