| “J'aime le jazz”.
Cette affirmation que l’on entend quotidiennement est de celles qui
n’ont aucun sens.
Le jazz n’est pas comme le western, le roman d’aventure ou la
valse : un genre bien défini que l’on peut prendre ou rejeter
en bloc. C’est un monde complexe, divers et varié, avec ses
interprètes, ses genres, ses époques, ses musiques de masse,
ses créateurs solitaires.
Le jazz, c’est d’abord une relation entre
ceux qui le jouent et ceux qui l’écoutent. Les plus grands chefs
d’oeuvres du jazz ne sont que des chefs-d 'oeuvres de jazz enregistré.
Car par la présence d’un micro, l’absence d’un public,
par des milliers de petits détails, le jazz est à chaque seconde
un jazz différent.
Le disque réussi à prendre une musique au vol et à la
sortir de l’ombre, il rend du jazz une image infidèle et trompeuse.
Le groupe de jazz (essentiellement composé d’un piano, de la
famille des saxophones et d’une contrebasse) part d’un thème
connu de tous, tourne autour, pour finalement laisser le soliste exprimer
sa pensée de manière plus personnelle, toujours suivi de ses
“accompagnateurs”.
Selon leur humeur et des personnes présentes, la musique peut changer
complètement de caractère. C’est pourquoi le disque donne
une forme aléatoire de ce que peut être un interprète
ou une œuvre.
Ce thème est d’ailleurs, lui aussi, tout à fait dérisoire
dans le jazz car, selon les jazzmans, l’oeuvre n’est plus la
même.
C’est pourquoi le monde du jazz est celui de l’imprévisible
et de l’improvisation.
C’est ici que le rapport avec Clint Eastwood se fait
de lui même. Le jazz c’est de l’improvisation. il en va
de même pour les réalisations d’Eastwood.
Le jazz marque l’histoire de la musique depuis mille neuf cent. Il
se divise en cinq grandes périodes :
La première, les origines, 1900-1917,
le jazz ancien : 1917-1929,
le middle jazz : 1929-1945,
le jazz moderne, première partie : 1945-1955,
et enfin la deuxième partie du jazz moderne : 1955 à aujourd'hui’hui.
Eastwood est né au début de la troisième
période aussi appelée la période “Swing”
car le jazz avait, à l’époque, un but majeur qui était
de faire danser les gens sur une musique rythmée et entraînante.
Clint Eastwood était un enfant solitaire, toujours le “nouveau
du coin”. Il aimait ce qui plaît aux gens seuls, ce qui eu un
gros effet sur lui. Ses parents possédaient un grand nombre de disques
qu’ils écoutaient souvent. Ainsi, Eastwood fut confronté
à la “culture” jazz dès son plus jeune âge.
C’était l’époque révolutionnaire du be-bop.

Fats Waller, l'idole de CLint lorsqu'il était
jeune
Il apprit à jouer du piano seul. A seize ans, il
fréquentait un saloon de Oakland où il jouait du piano pour
de la pizza et de la bière à volonté.
Puis il intéressa au jazz moderne et qui s’y intéresse
s’intéresseà Charlie Parker, dit Bird.
Clint Eastwood connaissait mal cette musique mais avait entendu parler de
Parker. Il le rencontra à plusieurs reprises (la première fois
fut aux sessions du philharmonique). “Où apprend t'on à
jouer comme ça puisque personne ne joue comme ça?”
disait Eastwood en l’écoutant.
Cet amour pour le jazz ne le quitta pas d’une semelle quand il rentra
a l’Actor’s studio, ni lors de ses sept ans dans la série
Rawhide (on peut d’ailleurs voir ses personnages de cow-boy en train
de chanter des airs jazzy dans certains épisodes).
Dès 1960, toujours pour les besoins de Rawhide, on lui demande d’enregistrer
la chanson thème de la série ainsi que quelques hits de la
musique country et de ce qui était considéré comme les
"Cowboy Favourites".

En 1971 son premier film "Un frisson dans la
nuit" met en scène un animateur radio à qui une fan
demande inlassablement de passer le grand classique du jazz Misty de Erroll
Garner.
L'amour du Jazz le poussera à réaliser Bird (1988), le
film retraçant la vie du grand saxophoniste Charlie Parker. Mais
outre la beauté du film lui même, le travail effectué
par Lennie Niehaus (L'INSPECTEUR NE RENONCE JAMAIS, JOSEY WALES HORS-LA-LOI,
L'ÉPREUVE DE FORCE, L'ÉVADÉ D'ALCATRAZ... Il composa
la musique de PALE RIDER, LE MAÎTRE DE GUERRE, HAUT LES FLINGUES
et LA CORDE RAIDE) est impressionnant car il reprend tous les morceaux
joués par Charlie Parker.
“On se dit, ils veulent
raconter la vie d’un homme, cela va être long. Et je vais jouer
des riffs de jazz entiers car j’aime le jazz et le jazz et merveilleux.
Je l’ai fait car j’ai dit c’est important”,
disait-il.
Ainsi le film montre du jazz. Et pas de celui que l’on coupe car “cela sera trop long et ennuyeux” mais de celui où
l’on peut sentir toute la profondeur d’une telle musique.
Un jour, durant le tournage de Bird, ils tournaient une scène lorsque
Clint s’approcha du cameraman et lui dit: “je me fiche que
personne n’aille voir ce film, c’est un grand film”.
Le film ne connu pas le succès attendu, sauf en France où
il rapporta plus que son coût. |
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Mais le jazz n’est pas seulement présent dans
Bird mais aussi partout dans les films d’Eastwood. Que cela soit en
bande-son ou bien quand le personnage de Clint joue du jazz, la musique est
là où marche Eastwood.
En 2003, il a fait partie des sept metteurs en scène
choisis par Martin Scorsese pour réaliser un documentaire sur le
blues. Piano Blues suit la passion de Eastwood pour le piano, croisant
les routes de Ray Charles, Fats Domino, Little Richard et Dr. John. (voir l'article sur cette page)
ce documentaire est assez technique et approché d’un manière
plus scientifique. Clint Eastwood illustre sa passion pour la musique
et pour le piano en particulier, c'est évident.
Clint Eastwood va même jusqu'à exprimer et caractériser
les rapports entre jazz et blues. |
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Mais là où il est le plus fort c’est
dans le jeu de Clint lui même. Le jazz, c’est avant tout une
douleur, des pensées, des sentiments qui s’expriment par le
biais d’une musique qui à elle seule peut traduire un état
d’esprit, des tourments.
Eastwood montre à maintes reprises des personnages confrontés
à des situations conflictuelles, qu’elles soient d’ordre
sentimental ou bien professionnel. Il puise dans son expérience du
jazz pour jouer ses douleurs profondes, ses plaies qui, souvent, semblent
ne jamais se refermer.
Quand un jazz man joue, ce n’est pas pour se faire voir ou pour faire
de l’argent, mais bien pour s’exprimer, se soulager. Ici aussi
Clint et le jazz se ressemblent. Le fait de créer pour extérioriser
ses pro blêmes est commun à l’acteur et aux racines même
de cette musique.
Au cinéma, outre Honkytonk Man et La Kermesse de
l’Ouest, il a également interprété certaines des
chansons des bandes originales de Bronco Billy, Ça va cogner, Haut
les flingues, Le Maître de guerre, Dans la ligne de mire, Minuit dans
le jardin du bien et du mal et Jugé coupable. Depuis 1992, il s’est
intéressé à la composition, signant le thème
de Claudia dans Impitoyable et ceux des bandes originales de Sur la route
de Madison, Les Pleins pouvoirs, Space Cowboys, Mystic River et Million Dollar
Baby.
Clint Eastwood est indissociable du jazz. C’est sa source,
sa passion, son passe-temps, une partie de lui, en fait. “J’ai
toujours pensé qu’il existait deux arts typiquement américains
: le western et le jazz”.
Il a été honoré par un concert au Carnegie Hall en
1996 et les musiciens l’avaient alors remercié d’avoir
utilisé le jazz et son amour du jazz dans ses films (Eastwood a
composé plusieurs des bandes-son de ses films).
Lors de cette soirée Eastwood demanda au public : “Dites-le
à vos amis et transmettez cet héritage à la prochaine
génération”.
un
extrait ? |
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"Il a fallu quatre générations pour
qu'un membre de notre famille parvienne enfin à faire de la musique
son métier. L'une des premières fois que j'ai vu Kyle sur scène,
c'était au Monterey Jazz Festival. Il avait 21 ans et se produisait
avec le pianiste Kenny Barron. J'étais si fier que j'en ai eu les
larmes aux yeux. Je n'ai jamais eu sa discipline musicale. Pourtant, j'ai
commencé à raconter des histoires au piano bien avant de réaliser
mon premier film."
Les oeuvres originales de Clint Eastwood s'inscrivent naturellement
dans un univers balisé : le blues, le jazz, les ambiances club (notamment
"Blue Diner"), les violons philharmoniques et autres cordes sèches.
Clint Eastwood, un maître de la 6 cordes ? Les très épurés
"Boxing Montage", "The Letters", et plus encore "Blue
Morgan" (générique étendard de Million Dollar Baby),
sont - entre autre - les témoins du surprenant toucher de M. Callahan...
Le jazz a évolué avec le temps, a mûri,
et , en un quart de siècle, il est passé des bas-fonds à
Carnegie Hall.
Le jazz, c’est la vie de milliers de personnes, c’est des générations,
des histoires, de l’amour... Clint Eastwood c’est un peu pareil.
Clint Eastwood dérange parfois, séduit toujours,
ne laisse jamais indifférent.

Clint Eastwood with Kansas City jazz and blues pianist
Jay "Hootie" McShann
La musique dans l'univers de Clint
Bird
(Réal. Clint Eastwood, 1988)
Dans ce film racontant la vie de l'artiste maudit Charlie Parker, les
titres les plus marquants qui ont jalonné la carrière du
géant du sax alto, permettent à Lennie Niehaus un exercice
de style aussi délicat que réussi. La présence dans
ce film du ballet "L'oiseau de feu" de Stravinski constitueégalement
une belle surprise, qui curieusement prend toute sa place dans cet univer
très jazz.
Impitoyable
(Réal. Clint Eastwood, 1992)
Pour ce western, Clint Eastwood permet à Lennie Niehaus de marquer
de son talent la déjà riche histoire des scores dédiés
au western. Si son écriture est bien propre à ses habitudes,
les arrangements et l'orchestration prennent parfois des accents que le
Maestro Ennio a dû apprécier à leur juste mesure...
Cette réussite s’agrémente d’un titre composé
par Eastwood lui-même, « Claudia’s thème »
qui démontre, si besoin était, l'étendue du talent
du Monsieur.
Un monde parfait
(Réal. Clint Eastwood, 1993)
Retrouvez ce score entièrement confié
à Niehaus, et qui s'accompagne de titres très "made
in USA", au travers des titres de Chris Isaak et Johnny Cash, pour
ne citer qu’eux ! Celle ci n’est plus disponible qu’en
import ce qui fait d'elle un vrai trésor!
Sur la route de Madison
(Réal. Clint Eastwood, 1995)
Les perles de blues et de jazz de cette bande originale
sont enveloppées dans les compositions sensibles de Niehaus, et
chose plus rare ponctuées par des airs d'opéra, notamment
la Norma de Bellini et Samson et Dalila de St Saëns. Le tout accompagnant
les amours feintes et subtiles d' Eastwood et Meryl Streep et donnant
toute l'émotion à un film d’une finesse et d’une
sentimentalité rares.
Space cowboys
(Réal. Clint Eastwood, 2000)
Ce film extrêmement ironique, voire cynique,
réunissant Clint Eastwood, Tommy Lee Jones, Donald Sutherland et
James Garner est servi par un score de Niehaus plus léger, à
nouveau accompagné par Eastwood sur un morceau, mais aussi par
plusieurs morceaux de Brad Mehldau, Maceo Parker ou encore Frank Sinatra…
Mystic river
(Réal. Clint Eastwood, 2003)
Pour ce film sombre et déroutant, premier
score de l'ère post Lennie Niehaus, Clint Eastwood s'est associé
à son fils, Kyle Eastwood, musicien de jazz au talent déjà
reconnu, pour une bande originale magnifique.
Million dollar baby
(Réal. Clint Eastwood, 2004)
Dernier chef d’œuvre en date, ce Million
dollar baby nous fascine aussi par sa musique plus bluesy d’une
beauté aussi sobre que sombre, composée par Clint Eastwood
lui-même. A noter deux compositions du fiston Kyle sur cette œuvre
déjà incontournable qui confirme l’arrivée
au firmament du talent d’Eastwood, jusqu’au prochain chef
d’œuvre !
COMPILATION
Music for the movies of Clint Eastwood
Une compilation pour la route!
Cette compilation retraçant les films phares de Clint Eastwood,
de Rawhide à Dirty Harry, en passant par Le bon, la brute et le
truand.
Bien qu'incomplète, cette introduction à l'univers sonore
d'Eastwood reste la pierre angulaire d'un fond de base.
Clint Eastwood, Erroll Garner, Lalo Schifrin
Musique des films de Clint Eastwood
Music for the movies of Clint Eastwood
compilation (CD album) |
Disque Un
1. Misty
2. First Time Ever I Saw Your Face
3. This Time the Dream's on Me
4. Hootie's Blues
5. San Antonio Rose
6. Satin Doll
7. Eastwood: After Hours Suite: Doe Eyes/Jitterbug Waltz/Take Five/Claud
Disque Deux
1. Straight, No Chaser
2. Round Midnight
3. I See Your Face Before Me
4. Cherokee
5. Laura
6. I Didn't Know What Time It Was
7. Parker's Mood
8. These Foolish Things
9. Lester Leaps In
10. After Hours/C.E. Blues
Piano: Kenny Barron, Barry Harris, Matt McGuire, Renee Rosnes,
Clint Eastwood.
Vocalises: Jimmy Scott, Jay McShann, Kevin Mahogany, Gary LeMel.
Banjo: Christian McBride, Kyle Eastwood, Peter Washington.
Baterrie: Kenny Washington, Kendall Kay, T.S. Monk Jr.
Saxo: Doug Webb, James Rivers, James Carter, Joshua Redman, Charles McPherson,
James Moody, Flip Philips, Lennie Nichaus
Trompette: Jon Faddis, Roy Hargrove
Trombonne: Dennis Wilson
Violon: Claude Williams
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