Michaël... Clint... Harry... et les autres

par A. J.

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I’M AFRAID YOU MISJUDGED ME

“Vous êtes un maniaque, Callahan”, “Mais tu es un dinosaure, Harry”, “Vous êtes stupide”, “Inintéressant”, “Macho”...
Tant de compliments pour un seul homme? Oui cela se peut. Car Harry n’a pas seulement été mal compris lors de sa sortie en salle auprès des critiques mais aussi par les autres personnages de ses films.
Dans les deux derniers (Sudden Impact, Dead Pool) il se fait violemment passer à tabac et il est, dans tous les opus, accablé de commentaires démontrant qu’il est un homme désagréable à vivre et doté d’un caractère peu enviable. Mais Callahan a beau essayer de montrer son coté “humain” lors du film magnum force, il n’y a rien à faire il sera toujours considéré, de nos jours encore, comme une machine à tuer.


Peu de gens se posent les bonnes questions à son sujet et pourtant, il est d’une simplicité enfantine de trouver une face attachante à Harry. Qui est-il vraiment ? Difficile de répondre car on ne sait rien sur son passé, ni sur son avenir. En effet les films ne représentent que le présent de la vie de Callahan. Un présent miné par des démons du
passé dont on ignore tout, encore une fois. En réalité, vouloir s’intéresser au caractère de Harry c’est s’aventurer dans des eaux troubles, dans un noir complet, éclairé seulement par les bribes d’une histoire personnelle que nous dévoile Callahan au fil des films.

Dans le premier il dévoile à la femme de son ancien partenaire que la sienne est morte il y a quelque années dans un accident de voiture, par la faute d’un chauffard ivre. Sur le moment personne ne relève ce fait, Callahan dit cela entre deux scènes. Nous sommes en plein suspens, on a presque envie de dire que cette vie privée qui débarque, impromptue, ne nous intéresse pas. La femme de son collègue est désolée, rien de plus normal... Quant à Harry, il n’a pas de réaction, comme à son habitude. Il lève les yeux au ciel, soupire vaguement et dit que ce n’est pas grave... rien de plus normal.
Mais là encore, c’est en prenant son temps que l’évidence apparaît. Lors de cette scène, Callahan porte des lunettes noires (les fameuses Ray-Ban) et un costume un peu trop propre pour ne pas paraître déplacé sur notre Dirty Harry. (Dirty veut aussi dire sale, en anglais). Si l’on ne regarde que l’inspecteur durant cette scène, on se rend compte qu’il pourrait très bien être encore à l’enterrement de sa femme, habillé comme il l’est. Les lunettes qu’il porte sont une barrière à ses sentiments, rien ne passe. C’est pourquoi, au moment ou son interlocutrice lui dit : "désolée", la caméra fait un pas de coté pour que l’on puisse entrevoir les yeux de Harry. On le voit lever les yeux au ciel puis les fermer un instant, c’est là que la douleur de Callahan saute au yeux de celui qui veut bien la voir. Après cela Harry ouvre la bouche puis la referme, et dit : "It’s O.K". Mais il faut lire :" je n’ai pas envie d’en parler, c’est encore douloureux". Dans ce dialogue, Harry dit trois fois le mot vraiment dans ses répliques. ( -Votre femme s’est-elle habituée à vous voir partir ? - Non jamais vraiment. - Elle est morte, elle conduisait un soir, tard. Un ivrogne... C’était sans raison vraiment. - Je suis désolée. - Il n’y a vraiment pas de quoi.) Dans vraiment , il y a vrai.
Est-ce à la recherche de la vérité que Callahan est rentré dans la police? Cherche-t il quelque chose? Il se demande encore pourquoi il s’est engagé, quel est la vérité sur lui, en fin de compte ? Encore une fois, il ne finit pas vraiment ses phrases, paraît gêné, et finit par remettre ses lunettes, la barrière à ses sentiments, correctement devant ses yeux. La femme de son collègue finit par repartir et celui qui n’aura pas pris le temps de comprendre toutes ces choses, ne verra en cette scène qu’une perte de temps sur la chasse au Scorpio.

Dans le film Dirty Harry il n’est pas aisé de cerner le personnage de Callahan autrement que par son travail, incessant, toujours présent, remplissant la vie de l’inspecteur 24 heures sur 24.
Ainsi, dans Magnum force l’intention du réalisateur de montrer l’autre quotidien de Harry est plus évidente. On fait connaissance avec l’appartement de Callahan et surtout on peut observer sa relations avec les femmes, inexistante dans Dirty Harry.
On pourrait la qualifier de désastreuse tant Harry vit dans un désert affectif. Deux femmes apparaissent dans Magnum Force : celle d’un de ses collègue et sa voisine de palier. Pour l’une d’elle, il y a encore un rattachement à son travail, il va chez elle pour parler de son mari mais elle finira dans ses bras. Les deux femmes du film n’ont pas grand chose à voir, mis à part leur relation avec Harry. En effet, dans les deux cas, ce sont elles qui font le premier pas. Doit-on voir en cela l'impossibilité ou l’incompétence de Callahan à montrer ses sentiments ou tout simplement à dire ce qu’il ressent dans l’immédiat, comme s'il l’ignorait lui même ?
De toute façon, cela finit de la même manière dans tous les cas, le métier de Harry l’accapare de plus en plus, effaçant autour de lui toute trace de contact humain. “Ce qu’il y a de romantique dans les inspecteur Harry ce n’est pas le fait qu’il ait une aventure, mais qu’il se donne tant de mal pour des personnes qu'il ne connaît pas” explique Clint Eastwood à propos de son personnage. Encore un côté qui est en rapport avec son travail, il se bat pour des victimes inconnues. Se sent-il plus proche de ceux qu'il ne connaît pas car il se méconnaît lui même?

Dans Magnum force, au détour d’une scène où Callahan rentre chez lui, entre une bière et la visite de la voisine d’en dessous, Harry s’attarde sur une photo, posée près de son lit. Il est dessus, bien habillé, le sourire aux lèvres. Mais il faut s' attarder sur la personne accrochée à son bras.
En une seconde on se rend compte que c’est sa femme, décédée, si on suit bien les épisodes. Voilà cela s’arrête là. Mais cette photo a quelque chose d’étrange, de presque gênant. En premier Callahan sourit, incroyable. Mais pas parce qu’il vient de coincer on ne sait quel criminel infâme, non. Il est radieux car il vient de se marier, il est heureux, et c’est tout ce qui compte à l’instant où est prise la photo.
Il ne porte pas de “barrière à sentiments”. il montre son contentement et semble savoir ce qu’il veut, ce qu’il ressent. Sa femme sourit aussi, accrochée d’une main à son bras comme un noyé à une bouée, et de l’autre elle tient un bouquet de fleurs. Mais ce qu’il y a de plus étrange c’est l’écart physique qui existe entre les deux personnages : Harry est immense, elle est petite.
Et si on s’était demandé à quoi pouvait ressembler la femme de Callahan, aurait-on imaginé, ne serait-ce qu’une seconde, qu’elle serait petite et un peu ronde?
C’est ici que réside la vérité, le réel de la scène. Cette photo n’appartient pas au cinéma, elle pourrait se trouver sur n’importe qu’elle cheminée.
En la voyant, Harry sourit. Mais ce n’est pas le même sourire que celui de la photographie, rayonnant. C’est le sourire que l’on peut retrouver tout au long du film, un sourire triste. Comme si celui de la photo devait rester a jamais enfermé derrière le verre poussiéreux qui l’entoure.
Alors, ce Callahan, est il si inhumain que l’on voudrait le faire croire?

Une dernière chose, qui réside dans le nom. Callahan est un nom d’origine Irlandaise mais c’est en Gaélique que réside le secret de cet homme. Le gaélique est une des seule langue qui permet qu’un seul et même mot puisse dire plusieurs choses. C’est ici que toute explication rationnelle s’effondre et que le génie du scénariste éclate.
En un nom, Callahan, toute théorie du pour ou du contre cet homme disparaît. Harry Callahan, cela veut dire "celui qui fait la guerre". Car c’est un véritable combat que livre l’inspecteur tous les jours de sa vie, que cela soit dans sa vie privée ou dans ce travail qui le hante.
Harry se bat contre des criminels mais aussi contre son passé et des images qui le minent, mais sur lesquelles nous ne sauront jamais rien.
Donc, c’est celui qui fait la guerre, qui “se” fait la guerre, peut-être. Mais cela veut aussi dire; celui qui marche vers la lumière, l’enluminé.

Bel effort que de mettre la réponse à toute nos questions en un mot. Callahan marche vers un destin que lui seul connaîtra, un destin inconnu de tous, comme son passé et tant d’autre chose.

Il marche vers la lumière...