| I’M AFRAID YOU MISJUDGED ME “Vous
êtes un maniaque, Callahan”, “Mais tu es un dinosaure,
Harry”, “Vous êtes stupide”, “Inintéressant”,
“Macho”...
Tant de compliments pour un seul homme? Oui cela se peut. Car Harry n’a
pas seulement été mal compris lors de sa sortie en salle auprès
des critiques mais aussi par les autres personnages de ses films.
Dans les deux derniers (Sudden Impact, Dead Pool) il se fait violemment passer
à tabac et il est, dans tous les opus, accablé de commentaires
démontrant qu’il est un homme désagréable à
vivre et doté d’un caractère peu enviable. Mais Callahan
a beau essayer de montrer son coté “humain” lors du film
magnum force, il n’y a rien à faire il sera toujours considéré,
de nos jours encore, comme une machine à tuer.
Peu de gens se posent les bonnes questions à son sujet et pourtant,
il est d’une simplicité enfantine de trouver une face attachante
à Harry. Qui est-il vraiment ? Difficile de répondre car on
ne sait rien sur son passé, ni sur son avenir. En effet les films
ne représentent que le présent de la vie de Callahan. Un présent
miné par des démons du
passé dont on ignore tout, encore une fois. En réalité,
vouloir s’intéresser au caractère de Harry c’est
s’aventurer dans des eaux troubles, dans un noir complet, éclairé
seulement par les bribes d’une histoire personnelle que nous dévoile
Callahan au fil des films.
Dans le premier il dévoile à la femme de son ancien partenaire
que la sienne est morte il y a quelque années dans un accident de
voiture, par la faute d’un chauffard ivre. Sur le moment personne ne
relève ce fait, Callahan dit cela entre deux scènes. Nous sommes
en plein suspens, on a presque envie de dire que cette vie privée
qui débarque, impromptue, ne nous intéresse pas. La femme de
son collègue est désolée, rien de plus normal... Quant
à Harry, il n’a pas de réaction, comme à son habitude.
Il lève les yeux au ciel, soupire vaguement et dit que ce n’est
pas grave... rien de plus normal.
Mais là encore, c’est en prenant son temps que l’évidence
apparaît. Lors de cette scène, Callahan porte des lunettes noires
(les fameuses Ray-Ban) et un costume un peu trop propre pour ne pas paraître
déplacé sur notre Dirty Harry. (Dirty veut aussi dire sale,
en anglais). Si l’on ne regarde que l’inspecteur durant cette
scène, on se rend compte qu’il pourrait très bien être
encore à l’enterrement de sa femme, habillé comme il
l’est. Les lunettes qu’il porte sont une barrière à
ses sentiments, rien ne passe. C’est pourquoi, au moment ou son interlocutrice
lui dit : "désolée", la caméra fait un pas
de coté pour que l’on puisse entrevoir les yeux de Harry. On
le voit lever les yeux au ciel puis les fermer un instant, c’est là
que la douleur de Callahan saute au yeux de celui qui veut bien la voir.
Après cela Harry ouvre la bouche puis la referme, et dit : "It’s
O.K". Mais il faut lire :" je n’ai pas envie d’en parler,
c’est encore douloureux". Dans ce dialogue, Harry dit trois fois
le mot vraiment dans ses répliques. ( -Votre femme s’est-elle
habituée à vous voir partir ? - Non jamais vraiment.
- Elle est morte, elle conduisait un soir, tard. Un ivrogne... C’était
sans raison vraiment. - Je suis désolée. - Il n’y
a vraiment pas de quoi.) Dans vraiment , il y a vrai.
Est-ce à la recherche de la vérité que Callahan est
rentré dans la police? Cherche-t il quelque chose? Il se demande encore
pourquoi il s’est engagé, quel est la vérité sur
lui, en fin de compte ? Encore une fois, il ne finit pas vraiment ses phrases,
paraît gêné, et finit par remettre ses lunettes, la barrière
à ses sentiments, correctement devant ses yeux. La femme de son collègue
finit par repartir et celui qui n’aura pas pris le temps de comprendre
toutes ces choses, ne verra en cette scène qu’une perte de temps
sur la chasse au Scorpio.
Dans le film Dirty Harry il n’est pas
aisé de cerner le personnage de Callahan autrement que par son travail,
incessant, toujours présent, remplissant la vie de l’inspecteur
24 heures sur 24.
Ainsi, dans Magnum force l’intention du réalisateur de montrer
l’autre quotidien de Harry est plus évidente. On fait connaissance
avec l’appartement de Callahan et surtout on peut observer sa relations
avec les femmes, inexistante dans Dirty Harry.
On pourrait la qualifier de désastreuse tant Harry vit dans un désert
affectif. Deux femmes apparaissent dans Magnum Force : celle d’un de
ses collègue et sa voisine de palier. Pour l’une d’elle,
il y a encore un rattachement à son travail, il va chez elle pour
parler de son mari mais elle finira dans ses bras. Les deux femmes du film
n’ont pas grand chose à voir, mis à part leur relation
avec Harry. En effet, dans les deux cas, ce sont elles qui font le premier
pas. Doit-on voir en cela l'impossibilité ou l’incompétence
de Callahan à montrer ses sentiments ou tout simplement à dire
ce qu’il ressent dans l’immédiat, comme s'il l’ignorait
lui même ?
De toute façon, cela finit de la même manière dans tous
les cas, le métier de Harry l’accapare de plus en plus, effaçant
autour de lui toute trace de contact humain. “Ce qu’il y a
de romantique dans les inspecteur Harry ce n’est pas le fait qu’il
ait une aventure, mais qu’il se donne tant de mal pour des personnes
qu'il ne connaît pas” explique Clint Eastwood à propos
de son personnage. Encore un côté qui est en rapport avec son
travail, il se bat pour des victimes inconnues. Se sent-il plus proche de
ceux qu'il ne connaît pas car il se méconnaît lui même?
Dans Magnum force, au détour d’une
scène où Callahan rentre chez lui, entre une bière et
la visite de la voisine d’en dessous, Harry s’attarde sur une
photo, posée près de son lit. Il est dessus, bien habillé,
le sourire aux lèvres. Mais il faut s' attarder sur la personne accrochée
à son bras.
En une seconde on se rend compte que c’est sa femme, décédée,
si on suit bien les épisodes. Voilà cela s’arrête
là. Mais cette photo a quelque chose d’étrange, de presque
gênant. En premier Callahan sourit, incroyable. Mais pas parce qu’il
vient de coincer on ne sait quel criminel infâme, non. Il est radieux
car il vient de se marier, il est heureux, et c’est tout ce qui compte
à l’instant où est prise la photo.
Il ne porte pas de “barrière à sentiments”. il
montre son contentement et semble savoir ce qu’il veut, ce qu’il
ressent. Sa femme sourit aussi, accrochée d’une main à
son bras comme un noyé à une bouée, et de l’autre
elle tient un bouquet de fleurs. Mais ce qu’il y a de plus étrange
c’est l’écart physique qui existe entre les deux personnages
: Harry est immense, elle est petite.
Et si on s’était demandé à quoi pouvait ressembler
la femme de Callahan, aurait-on imaginé, ne serait-ce qu’une
seconde, qu’elle serait petite et un peu ronde?
C’est ici que réside la vérité, le réel
de la scène. Cette photo n’appartient pas au cinéma,
elle pourrait se trouver sur n’importe qu’elle cheminée.
En la voyant, Harry sourit. Mais ce n’est pas le même sourire
que celui de la photographie, rayonnant. C’est le sourire que l’on
peut retrouver tout au long du film, un sourire triste. Comme si celui de
la photo devait rester a jamais enfermé derrière le verre poussiéreux
qui l’entoure.
Alors, ce Callahan, est il si inhumain que l’on voudrait le faire croire?
Une dernière chose, qui réside dans le nom.
Callahan est un nom d’origine Irlandaise mais c’est en Gaélique
que réside le secret de cet homme. Le gaélique est une des
seule langue qui permet qu’un seul et même mot puisse dire plusieurs
choses. C’est ici que toute explication rationnelle s’effondre
et que le génie du scénariste éclate.
En un nom, Callahan, toute théorie du pour ou du contre cet homme
disparaît. Harry Callahan, cela veut dire "celui
qui fait la guerre". Car c’est un véritable combat
que livre l’inspecteur tous les jours de sa vie, que cela soit dans
sa vie privée ou dans ce travail qui le hante.
Harry se bat contre des criminels mais aussi contre son passé et des
images qui le minent, mais sur lesquelles nous ne sauront jamais rien.
Donc, c’est celui qui fait la guerre, qui “se” fait la
guerre, peut-être. Mais cela veut aussi dire; celui qui marche vers
la lumière, l’enluminé.
Bel effort que de mettre la réponse à toute
nos questions en un mot. Callahan marche vers un destin que lui seul connaîtra,
un destin inconnu de tous, comme son passé et tant d’autre chose.
Il marche vers la lumière... |