Le 10 mars 1928, l'univers de la standardiste Christine Collins (Angelina Jolie),
mère de famille monoparentale de la banlieue ouvrière de Los Angeles,
bascule dans le drame. Ce matin-là, elle ne se doute pas qu'elle
embrasse pour la dernière fois son fils Walter. Constatant la
disparition de ce dernier en rentrant du travail, Christine alerte la
police. Dans les mois suivants, d'autres jeunes garçons disparaissent. Après
cinq mois d'attente, la jeune femme prétend à cor et à cri que le jeune
garçon que les policiers lui amènent n'est pas son fils. Forcée de le
prendre sous son aile, Christine Collins, secondée par le pasteur
Gustav Briegleb (John Malkovich), remue ciel et terre pour
retrouver Walter. À la même époque, un autre fait divers défraie les
manchettes: l'affaire du meurtrier pédophile de Wineville, Gordon
Stewart Northcott (Jason Butler Harner). Christine Collins meurt en 1935 sans connaître toute la vérité.
À
la conférence de presse cannoise, Clint Eastwood, qui allait avoir 78
ans dans les prochains jours, avouait se sentir encore comme un enfant
en faisant référence à la cérémonie hommage à Manoel de Oliveira,
qui aura 100 ans le 12 décembre, à laquelle il venait d'assister.
Questionné sur son absence du grand écran, celui-ci a répondu à la
blague: "Je ne joue pas dans Changeling car je suis trop jeune pour jouer l'un des gamins. En fait, il n'y avait pas de rôle pour moi."
Plus sérieusement, il raconte son coup de foudre pour le scénario de J. Michael Straczynski: "C'est le producteur Brian Grazer
qui m'a envoyé le scénario, dont je me suis épris aussitôt. Depuis
1928, beaucoup de remaniements, parfois bons, parfois mauvais, ont eu
lieu dans le LAPD; différents régimes se sont succédé et celui dépeint
ici était particulièrement corrompu. Grâce à sa ténacité, cette femme,
qui élevait son enfant seule, ce qui était moins courant à l'époque, a
fait tomber ce régime de même que toutes les autres structures
politiques. Par exemple, le maire n'a pas été réélu. Elle était seule à
s'élever contre le système et elle a tenu bon à une époque où l'on
considérait les femmes comme une minorité."
Le scénariste ajoute:
"J'ai été journaliste pendant plusieurs années et j'avais déjà entendu
parler de l'histoire de Christine Collins, qui avait fait beaucoup de
bruit à l'époque. J'ai pu retrouver les archives facilement et faire
plusieurs années de recherches à son sujet. Tout était là, c'est 100 %
vrai. Le récit de cette femme est porté par une simple question:
"Qu'est-il arrivé à mon fils?""
Sur la fidélité aux faits
racontés, Clint Eastwood renchérit: "On a fait attention au scénario.
On s'est fié aux coupures de journaux, on a tenté de confirmer les
vrais éléments comme les rapports de médecins, les témoignages, etc. On
a omis certaines choses pour sauver du temps."
UN COEUR DE MERE
Alors
qu'elle fait les choux gras de la presse people avec sa célèbre
marmaille, il n'est pas surprenant de retrouver Angelina Jolie dans le
rôle d'une mère prête à tout pour retrouver son enfant quelque temps
après qu'elle eut incarné la courageuse Mariane Pearl dans A Mighty Heart.
Vêtue
d'un élégant tailleur-pantalon noir à quelques mois d'accoucher de
jumeaux, l'actrice confiait: "J'étais consciente des similitudes entre
ces deux films, mais Christine Collins n'avait pas la même liberté que
Mariane Pearl. En tant que mère, le scénario de Changeling me
touchait et je n'ai pas pu oublier le récit après l'avoir lu. Je ne
peux imaginer pire que la perte d'un enfant... L'époque me semblait
aussi intéressante et je savais qu'interpréter le rôle d'une mère se
battant seule dans les années 1920 serait un véritable défi."
Sur
une note plus personnelle, Jolie se souvient: "Évidemment, j'ai essayé
d'imaginer ma peine et ma frustration si un tel événement m'arrivait.
Ayant perdu ma mère peu avant le tournage, je me suis aussi retrouvée à
m'inspirer d'elle. Comme Christine, ma mère était douce et passive,
mais lorsqu'il était question de ses enfants, c'était une vraie lionne.
Christine m'a donc permis de retrouver ma mère et ainsi mieux vivre mon
deuil."
Interrogés tous deux à savoir si Christine Collins
gagnerait sa cause aujourd'hui, Eastwood se tourne spontanément vers
Angelina Jolie et lui lance: "Je crois qu'elle gagnerait, qu'en
penses-tu?" De lui répondre l'actrice: "Je crois qu'elle gagnerait
aujourd'hui... Changeling traite du LAPD et des forces
policières, mais plus globalement, on peut faire un rapprochement avec
des situations où les gens sont opprimés et se battent contre des
forces gouvernementales ou policières corrompues - on voit tout cela
dans les bulletins de nouvelles. C'est représentatif de ce qui se passe
encore de nos jours."
QUE JUSTICE SOIT FAITE
À
propos de son choix de tourner un film campé au tournant des années
1930, Clint Eastwood a eu cette réponse: "J'aime interroger les années
30, toutefois je ne choisis pas les scénarios selon l'époque qu'ils
dépeignent mais bien selon l'histoire qu'ils racontent, et celle-ci me
paraissait intéressante. Je crois que si une telle chose se passait de
nos jours, la police serait mise à la porte, mais il faudrait qu'une
voix s'élève et provoque une réaction en chaîne. La vérité, c'est ce
qu'il y a de plus important car c'est la plus grande vertu sur terre.
J'aime aussi interroger l'autorité, mais ce sont d'abord les conflits,
dont ce récit regorge, qui m'intéressent. Ce n'est pas possible de
raconter une histoire dans laquelle tout se passe bien. Il n'y aurait
aucune raison de la raconter."
Ayant abordé le meurtre d'enfants dans Mystic River,
le réalisateur poursuit sur ce sujet: "Lorsque des enfants sont tués,
les pires crimes qui soient, tu te demandes pourquoi de telles choses
se produisent, tu remets l'humanité en question. Ce n'est certainement
pas la première ni la dernière fois qu'une telle histoire est racontée,
mais il s'agit pour moi d'un sujet important."
Enfin, quant aux
rumeurs du retour de Dirty Harry, alors qu'Angelina Jolie lance en
riant: "C'est moi qui le jouerai!", Clint Eastwood est catégorique:
"Dirty Harriet?... C'était bien il y a 38 ans de pouvoir jouer ce
personnage qui tenait un .44 en demandant: "Do you feel lucky? " Il faut être réaliste, Dirty Harry ne travaillerait pas dans un poste de police à mon âge..."
En salle le 31 octobre